Carnivàle

Publié le22 octobre 2010 par

0


Magnifique, grandiose, Best show ever, tout ça.
C’est vrai que c’est beau. C’est bien filmé. Il y a de la poussière, du soleil rouge, des vieilles voitures, de la sueur, de la crasse, un monde dur comme du Faulkner et Michael J. Anderson.

Un “Management” invisible mais powerful, des changements d’atmosphère, voir de météo, des rêves flippants, des cauchemars récurrents, un parti pris freak show (mais quand même tout public), une blonde et une brune, quelques plans nichons…. de quoi réclamer le label Lynch approved.
Alors pourquoi est-ce que ça ne marche pas ?

L’histoire :
Ben Hawkins (Nick Stahl, plus rigolo dans Bully), a le pouvoir de guérison et de résurection. Il s’est évadé de prison et a été récupéré par des forains qui tracent le gravillon dans l’amérique en crise des années 30.
Parallèlement un pasteur méthodiste (un genre de curé mais sans zygomatiques) aux pouvoirs étranges aide tant qu’il peut les pauvres et les migrants mais il semble un peu habité par un esprit malin…
Ces deux là se croisent dans des rêves aussi flippants qu’incompréhensibles ponctués par des apparitions du papa de Ben, lui aussi powerful.
Bref on sent qu’au bout des lignes se prépare un affrontement bien / mal et que d’ici là on va manger du mystère.

Dès l’épisode d’ouverture, la série souffre du syndrome de Lost (bien qu’elle ait été tournée avant, mais c’est comme ça, l’histoire est injuste) : on ouvre des portes qu’on ne referme jamais. On emploie même des sidekicks à la gueule inoubliables qui n’apparaissent plus du reste de la saison (Matthew McGrory qui, j’ai vérifié, n’était pas encore mort), etc.

Le rythme est foireux. C’est toujours très joliment fait, mais le scénario ne laisse pas assez de prise aux spectateurs. Le parti pris parabolique / symbolique place toute l’action  bien loin de nous. La volonté d’illustrer la grande histoire par la petite (si brillamment réussi dans Mad Men) est diluée ici dans l’irréalisme des intrigues et dans l’inexistence sociale de ceux que l’on suit. On n’a pas l’impression que cette gang de forains vivrait autrement si l’Amérique se portait mieux…Ils sont en dehors de l’Amérique. En dehors de l’histoire en quelque sorte. Une manière, certes, de montrer que la lutte du bien et du mal est intemporelles, mais aussi d’en faire, par ricochet, une pure idée.

Ce qui achève cette série et qui fait qu’elle ne pourra pas être considérée comme le Twin Peaks des années 2000, c’est son sérieux.
Pas une once de légèreté. Par un moment de détente. c’est comme si vous écoutiez du début à la fin le climax d’un morceau. Mais pour arriver au it, il faut du calme, chercher, bricoler remuer la matière, accélérer, ralentir, pas aller tout de suite au drame, au noeud. Là on est dans une tension molle permanente, dans la question perpétuelle. Mais même à une tension maximum, une ligne c’est un encéphalogramme plat.

Twin Peaks savait mêler l’absurde à l’horrible, le burlesque à l’incompréhensible et c’est ce qui la rendait si efficace. Dans Carnivàle on ajoute du piment au tabasco en espérant que gagner 100 points de piquant.
Il n’y a de contrastes que symboliques dans cette série (et bien lourdement montrés) rien dans la forme, rien dans le ton.

Je n’ai pas le courage de m’enquiller la seconde saison (la dernière, bien que le HBO ait d’abord promis 6 années à Daniel Knauf pour mener à bien son projet, mais les moyennes audiences et le coût de réalisation de la série en ont eu raison plus tôt). Une fin bâclée à la Rome m’achève d’avance.

Une série peut-elle se contenter d’être un pur objet esthétique ?
Carnivàle tend à nous montrer que non.

Nico

Tagué: , ,
Publié dans : Cinéma/Séries