A propos de Jappe
Il y a des temples qui croulent… lézardés de haut en bas… aussi poreux et transparents qu’un malade.
N’ayant plus la force de se dresser, ils se se sont assis sur leur cul et dans un ultime effort se rendent silencieusement aux appétits du sol glouton. Il y en a qui s’élèvent… rose bonbon… mous… sucrés jusqu’à l’écœurement et dont l’édification répond à une croyance de guimauve… une croyance de fin de course et d’essoufflement.
Notre époque, faite d’humour, d’ironie, de second degré sauce piquante et procédant par distanciation systématique louvoie avec un rire crispé entre des absolus auxquels elle ne croit plus. Et comment lui en vouloir pour ses coussins péteurs, ses dragées au poivre et ses fluides glacials ? Un bon rire franc, voilà le dernier mot que l’on pouvait opposer aux promesses de réconciliations dont on n’arrivait pas à se faire une image bien nette. Tout cela s’est figé en branlette d’hypostase, et c’est une grande victoire que plus personne n’ose croire à ces contes pour ouvriers et autres paradis merdeux.
L’humour est devenu notre métaphysique. Bien obligé. On a détaché un à un les tuyaux des grandes orgues pour les laisser rouiller sur le trottoir. Non par méchanceté ou par une réaction épidermique de celle de 89 mais parce que nous pouffons à entendre les grondements du ciel d’où descendent des chérubins grassouillets avec leur petit sexe dépassant des bourrelets.
Il ne sera pas ici question de restauration. De jouer, contre le règne du petit malin et de la punchline, l’esprit de sérieux. Le pourrait-on d’ailleurs ? Nous voudrions plutôt souligner ce que l’on perd à cette croyance d’incroyant… Mettre en relief l’infusion progressive qui nous désaisit de toute valeur tragique, et ses retombées le plus souvent néfaste sur la production artistique. Nous, humoristes par nécessité, ayant biberonné au culte du second degré, de la télé se moquant d’elle même et des radios dites libres, sommes gagnés par une sorte de transparence.
Notre chemin a toujours été de vivre à côté de nous et de rire bien fort de cette absence.